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Jean-Yves Moyart, l'humain d'abord

Rémy Flamant, assistant de justice et ancien président du GENEPI Lille, dresse le portrait de Jean-Yves Moyart, avocat pénaliste, célèbre twittos connu sous le pseudonyme Maître Mô.

Une dizaine de pas seulement suffit pour atteindre le 25 de la rue de Jemmapes. À quelques encablures seulement du palais de justice, une vielle bâtisse se dresse fièrement. Vestiges du temps passé et briques rouges y côtoient une menuiserie plus contemporaine. L’ensemble dégage une douce harmonie. L’intérieur du cabinet n’échappe pas au paradoxe.

La porte grise, presque noire, ouvre sur un couloir vouté aux poutres apparentes qui, très vite, débouche sur une grande pièce immaculée. Le mobilier est moderne, épuré. Un peu plus loin encore, des escaliers mènent à l’étage. C’est ici, précisément, que Maître Jean-Yves Moyart pratique son art depuis 2014. L’avocat pénaliste arbore, au sommet d’une silhouette élancée, un sourire franc, bienveillant. Une habitude chez lui, un principe. Parce qu’humain, Maître Moyart l’est. À outrance.

Son histoire débute sur les bancs déjà usés de la faculté de droit. Par hasard. Ni une vocation, ni un rêve de gosse, Maître Moyart se voulait journaliste. Par amour des mots, par gout du récit, comme son père, professeur agrégé de lettres classiques. Mais dès le premier enseignement, c’est le révélation. Le jeune Moyart exercera la profession d’avocat : « pourtant, c’était un cours de civil ! » s’amuse-t-il aujourd’hui. Après un parcours sans étincelles, il décroche tout de même un DEA « Théorie du droit des sciences judiciaires » et obtient la même année l’examen d’entrée à l’école d’avocat. Cet examen est loin d’être une formalité certes, mais qu’importe, il sera avocat. Pénaliste bien sûr.

L’année d’école sert avant tout à former une promotion, un semblant de confraternité. Le temps est long et les enseignements laborieux. Une seule envie anime Maître Moyart : plaider. Après encore quelques mois d’attente, service militaire oblige, les deux années de stage débutent enfin. Maître Robert Lepoutre, avocat d’affaires, accueille l’apprenti. Une relation de confiance mutuelle s’installe, l’élève participe aux affaires courantes quand le maître l’autorise à développer une clientèle pénale. Mais très vite, vient le temps de l’envol. Maître Jean-Yves Moyart s’installe seul. Le besoin de faire du pénal est toujours présent : « Il faut être inconscient » explique-t-il à l’évocation de la possibilité de vivre du pénal, mais « c’est un métier de passion » ajoute-t-il immédiatement. Les débuts sont difficiles, forcément. Il gagne peu sa vie, mais à force de travail et de circonstances favorables, la reconnaissance arrive. L’argent avec. Aujourd’hui, après 25 années de « barre », le pénaliste se retourne et prend conscience du chemin parcouru. Son cabinet tourne à plein régime et les dossiers s’empilent sans trop de difficultés. De son propre aveu, le droit pénal des affaires constitue 60% de son activité.


Mais dès qu’il s’agit d’évoquer le droit pénal, le « crade », le vrai, l’authentique, l’avocat ne boude pas son plaisir. C’est pour ces procès là, qu’il se lève tous les matins aux aurores. Bien sûr, c’est aussi pour ces procès qu’il fume clope sur clope, qu’il angoisse, qu’il répète ses plaidoiries sur le chemin des palais de justice, des correctionnelles, ou encore mieux, des assises. Mais quel pied ! N’est-ce pas ? Ce « pénaleux », comme il se surnomme lui-même, avoue ressentir un plaisir inénarrable lors de certaines plaidoiries : « Il existe des moments de plénitude » raconte-t-il. Et il faut bien l’avouer, il maitrise l’exercice ! Avec un savant mélange d’humour et de technicité, d’authenticité et de proximité, son auditoire ne reste pas insensible au personnage. Sa voix caverneuse lui permet de maintenir, longtemps, l’attention des magistrats et des jurés. Il possède une large palette. Sa défense de Maître Eolas en novembre dernier en est la meilleure démonstration. Certes, les faits de cette affaire présentaient une certaine cocasserie mais revêtaient, en droit, une complexité certaine. Entre deux traits d’esprit, l’avocat lillois fit preuve d’une grande expertise et obtint gain de cause. Ou encore, lors de ce procès d’assises à Saint-Omer, durant lequel, une fois n’est pas coutume, il assistait une victime de tentative de meurtre à coups de machette. Sa plaidoirie, loin d’accabler l’accusé - travers de bien trop d’avocats en partie civile - redonna vie à ce miraculé. Sobrement. Simplement.

Maître Moyart est devenu au fil des années un personnage public. Il y a d’abord eu un blog, puis un livre (Au guet-apens aux éditions « La Table Ronde »). Mais c’est bel et bien sur le réseau social « Twitter » que Maître Moyart, alias Maître Mô, s’est forgé une popularité nationale. Pas moins de 43 000 personnes l’y suivent ! Le pénaliste y raconte son quotidien, pousse des « coups de gueule », taquine, apporte des conseils, râle… Comme dans la vie finalement. Jean-Yves Moyart l’admet : « Maître Mô a pu me desservir… » La faute à l’agressivité parfois palpable sur Twitter. Il pense même y ralentir un tantinet son activité.

Sur l’avenir de la profession, Maître Mô, fidèle à lui même, se veut optimiste et s’inscrit à contre-courant : « Je suis persuadé que la robe, la proximité qu’elle apporte, sauvera notre profession. » s’enthousiasme-t-il, avant de soupirer : « Déjà à mon époque, on me disait que c’était impossible… » Alors jeunes et moins jeunes aspirants à l’avocature, ne désespérez pas ! Soyez inconscients mais concernés ! Soyez patients mais passionnés ! Mais surtout, surtout, soyez humains ! Jean-Yves Moyart, lui, l’est. À outrance.