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De la nécessité de défendre Salah Abdeslam

Amaury Bousquet insiste sur l'importance de garantir à Salah Abdeslam une défense effective et inconditionnelle.

« Comment peut-il défendre un terroriste ? » Cette interrogation scandalisée - ou ses inévitables variantes (« comment peut-il défendre un pédophile, un violeur, un tueur d’enfant ? ») - ressurgissent tristement à chaque fois qu’un drame soulève l’opinion.

Alors doit-on défendre Salah Abdeslam ? Et doit-il bénéficier de l’aide juridictionnelle ? Assurément, la réponse est affirmative. Il en va de l’honneur de notre justice et de notre État de droit. Chacun a été bouleversé par les horreurs de 2015. Il n'est pas moins indispensable que l’un de leurs auteurs soit assisté et défendu, comme doit l’être, dans un Etat de droit, toute personne accusée. Et le cas échéant, s’il faut, pour assurer l’effectivité de cette défense, que la collectivité publique prenne en charge les frais de la défense, alors il doit pouvoir bénéficier de l’aide juridictionnelle.

En France, toute personne accusée devant un tribunal pénal doit, quel que soit son crime, quelle que soit la nature de l'accusation doit il fait l'objet, être défendu. Si on s'accorde généralement sur le principe, il est fréquent que l’on invente des exceptions : pas lui, il ne le mérite pas, ce qu’il a fait est trop grave, trop abominable. C'est tout le contraire qui doit précisément opérer : plus le crime est grave, meilleure doit être la défense. L’essence de l’État de droit est de le faire respecter en toute circonstance, jusqu’au bout, sans faire de cas par cas, et il faut exiger, encore et encore, de notre société, de notre institution judiciaire qu’elles assurent un traitement digne et un procès équitable à tous les justiciables, sans distinction.

On entend, on continuera d'entendre ceux qui s'insurgent que l’on puisse défendre untel, qui se compromettent dans la surenchère, dans l’exception et dans la démagogie. L'importance des droits de la défense, de leur exercice effectif, le droit à un procès équitable devront un jour être enseignés au collège ou au lycée, au titre de l'éducation civique.

Mais c’est précisément le fait que nous garantissons à un terroriste – ou poursuivi sous une telle qualification – la certitude qu’il ne sera pas traité par l'arbitraire qui nous distingue de ce qu'incarnent ou promeuvent ces mouvances obscurantistes : parce que, quelles que soient les circonstances propres à nous en distraire, nous plaçons le droit au-dessus de la corruption de l'émotion et de la colère, ne concédons pas ces principes démocratiques fondamentaux que sont la présomption d'innocence et le fait d'être jugé par un tribunal impartial, ne cédons rien au code de procédure pénale et à l'Etat de droit. Quelle différence subsisterait-il sinon entre eux et nous ?


Notre société, je l'écris comme je le pense, gagne à commettre à chaque criminel une défense digne de ce nom, y compris ceux qui la sapent, tentent de la détruire, propagent la violence et la terreur.

Les attaques de 2015 ont causé un tel traumatisme collectif qu’il est essentiel qu'un procès se tienne un jour, dans des conditions exemplaires de dignité et d'impartialité, avec une discussion contradictoire des éléments à charge et un accusé jugé selon les règles de droit qui, ici, s'appliquent à tous.

Nous pourrons saluer un jour notre intransigeance à défendre, encore et encore, la démocratie et l'Etat de droit.

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